Le correcteur corrigé

De la faillibilité à la vulnérabilité

HUMEUR DE CORRECTRICE

Édith Noublanche

Le correcteur est la personne la mieux corrigée qui soit.

Pensez donc : il a autant de correcteurs que le livre a de lecteurs.

Nombre de ces correcteurs du correcteur se chargent de faire part de leurs trouvailles à l’auteur, à l’éditeur ou sur les réseaux sociaux, montrant au passage leur immense supériorité.

Il arrive que ça me fasse rire. Mais je vais être honnête : il m’a fallu du temps pour même en sourire, car ma première réaction est toujours d’en être touchée, émue, parfois aux larmes.

Je vous dois un autre aveu : j’ai envers ces individus qui viennent pointer les erreurs oubliées le même respect que celui qu’ils ont pour les correcteurs.

Bien des gens sont immensément fiers de remarquer un S en trop, un blanc, une lettre qui manque ou la mauvaise terminaison d’un verbe conjugué : autant de choses qui sont comme le nez au milieu de la figure.

Il est vrai que ce type d’erreurs ne devrait pas survivre à notre intervention, mais on n’y peut rien : en dépit de toute notre attention il reste toujours quelque chose. Nul n’est parfait.

La vindicte est alors de mise : vite on écrit à l’auteur ou à l’éditeur, allant jusqu’à inviter ce dernier à virer l’incapable que vous êtes.

C’est là qu’il fait bon avoir des éditeurs qui connaissent leur boulot. Ceux-là, plutôt que de vous jeter et de se retrouver amers et déçus d’avoir payé « pour qu’il reste des fautes », tempèrent, voire vous remontent le moral.

Sont-ils à ce point magnanimes ?
Oui, mais non.

Dans ces cas-là, ce qui vous sauve — et que sait l’éditeur —, c’est le travail que vous avez fourni.

C’est là qu’entrent en jeu le volet des vérifications du mode de révision de Word et le comptage des commentaires du PDF.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes.

Les remarques pour quelques fautes omises et évidemment très regrettables deviennent plus relatives quand vous avez fait plusieurs centaines ou milliers d’interventions de nature à améliorer le texte.

Tout ceci pour en arriver à une mise en garde essentielle : si vous avez un ego entre consistant et démesuré, faites une croix sur ce métier, et si vous manquez d’estime de vous-même… préparez-vous à souffrir.